Marion Kalter

Photographs

DEEP TIME

DEEP TIME
MARION KALTER
EXHIBITION AT RUPERTINUM MUSEUM DER MODERNE SALZBURG
26 FEBRUARY_ 22 MAY 2022

https://www.museumdermoderne.at/en/exhibitions/detail/marion-kalter-deep-time/

Exhibition: ‘Marion Kalter. Deep Time’ at the Museum der Moderne Salzburg, Austria

 

https://hartmann-books.com/en/produkt/marion-kalter-deep-time-2/

http://www.marionkalter.com/marion_kalter_deep_time_traduction-4/

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Deep Time se refère à une époque qui remonte à mon enfance, à ce qui s’est passé avant ma naissance. (la seconde guerre mondiale et ses conséquences.)
Deep Time traverse aussi plusieurs continents et montre des photographies faites alors que je ne savais même pas que j’allais devenir photographe. Deep Time traverse une époque où les gens n’avaient pas l’habitude d’être photographiés, particulièrement à la campagne et encore plus dans la région où j’ai été élevée, dans la France profonde.
Il s’agit aussi toujours de rencontres, de hasards et de passions.
Très tôt j’ai été interessée par la peinture, la litterature, la poésie, la musique et j’étais très nerveuse à l’idée de ne pas savoir comment réunir tout cela. J’étais aussi très curieuse, et bien que très peureuse je voulais toujours me confronter à de nouvelles situations, de nouvelles personnes et de nouveaux pays.
Je suis née à Salzbourg six ans après la fin de la deuxième guerre mondiale.
Et bien que je n’aie jamais vécu à Salzbourg (aujourd’hui c’est mon second lieu de résidence), cette ville a été un point névralgique dans ma vie: c’est là que mes parents se sont rencontrés, où je suis née, où j’ai appris la mort de ma mère, où j’ai rencontré l’homme avec lequel je partage ma vie.
Mon père a du quitter l’Allemagne à l’âge de treize ans avec sa mère et sa soeur. Son oncle (et sa femme), qui était photographe de guerre officiel pendant la première guerre mondiale et qui travaillait dans l’entreprise familiale (négociants en vin à Bad Kreuznach) est resté en Allemagne jusqu’en 1940. Il était alors trop tard pour prendre le bateau vers l’Amérique. Il a dû prendre le transsibérien. Je possède le passeport qu’il a utilisé avec tous les tampons et visas.
Ma mère avait 16 ans lorsque la guerre a éclaté. Après avoir fini très jeune des etudes théatrales au séminaire Max Reinhardt, elle rejoignit très vite comme commédienne le KdF avec le Deutsches Reich (avant tout à Berlin, Varsovie et Riga) pour divertir les troupes. Je possède de nombreuses photos et documents de cette époque.
Ce qui m’a fait le plus mal plus tard est de savoir que ma mère jouait (sa compagnie s’appelait “ Das Kleine Wiener Magazin” non loin des lieux où des milliers/des millions de juifs ( entre autres) ont été assassinés de la manière la plus cruelle. C’est le thème du dernier chapitre de l’exposition que j’appelle “Different Trains” (6) en référence au quatuor de Steve Reich du même nom où il évoque ses traversées en train de l’Amérique en 1940 pendant que d’autres trains rejoignaient les camps d’Auschwitz et autres…
L’avant dernier chapitre est exactement “Deep Time” (5) pour moi. Cela commence par une photographie que j’ai faite de mes parents à l’âge de deux ans et demi. C’est un Kodachrome qui fut développé dans le laboratoire où ma mère travaillait à Washington DC: Il montre mes parents mais floutés, comme mes souvenirs de cette époque.
Plus tard on peut voir les premiers instantanés que j’ai faits avec le Brownie lorsque mes parents m’avaient envoyé seule à l’âge de 8 ans à Jersey dans une famille anglaise. La photo du dos de la mère (Mrs Minty) devant la porte est mon premier souvenir d’un portrait que j’avais fait.
A 16 ans je perdis ma mère et ma grand mère en l’espace de trois mois.
Ma mère m’avait donné son appareil photo et je les photographiais toutes les deux déjà malades. Ces négatifs ont été très mal conservés et ont pris des taches noires si bien que l’impression de l’usure et du temps se fait sentir (cela me fait penser au livre de Marguerite Yourcenar, “Le temps, ce grand sculpteur”).

Dans cette série il y a aussi une photo de moi sur une chaise-longue, la tête est devenue une surface noire. A l’entour on voit des horloges.
Après la mort de ma mère je restais seule avec mon père. J’étais interne au lyçée en France et pendant les vacances je rendais visite à mon père qui travaillait alors comme juriste pour l’armée américaine à Heidelberg, pas très loin de sa ville natale qu’il avait dû quitter si tôt.
Nous visitions souvent Bad Kreuznach, allions en randonnée dans les environs de Heidelberg.
Je n’oublierai jamais quand mon père un beau jour me déclara pourquoi tant de juifs n’étaient pas partis… oui, “ils n’avaient pas voulu quitter l’Allemagne” à cause de (nos) si belles forêts allemandes”…
Je lui rendis visite au bureau. Cela m’étonna beaucoup lorsque mon père sortit du tiroir un masque de Groucho Marx qu’il porta sur son visage… en arrière plan on pouvait voir la carte de l’Allemagne.
Dans ce même chapitre il y a une série de 18 photographies prises ces dernières années :
J’ai passé les deux premières années de ma vie aux Etats-Unis, pratiquement obligée:
Lorsqu’un américain épousait une autrichienne et qu’il y avait un enfant toute la famille devait retourner aux Etats Unis. J’avais trois mois quand nous avons pris le bateau pour les Etats Unis.
Mais ma mère ne voulut pas rester aux Etats Unis. Mon père trouva alors un travail en France, là où se trouvait la base militaire aérienne de l’OTAN la plus importante d’Europe: A Châteauroux.
C’est ainsi que nous avons atteris dans la France profonde.
Tous les objets, toutes les valises qui arrivèrent d’Amérique finirent au grenier de la maison où nous habitions. Le rouge à lèvres de ma mère, son parfum, les preservatifs de mon père et son kit de réparation pour rasoir, le sac à main de ma grand-mère attendaient dans les valises que j’ai commençé à ouvrir un demi-siècle plus tard.
Il y a aussi une photo prise à la fin des années 70 où je me photographie au grenier à côté des caisses et des valises.
Je rendis visite à mon père en Février 1995. Il vivait à Munich und nous sommes allés dans les rues, c’était la période de carnaval. Je pensais à la tradition du carnaval de sa région autour de Cologne.
Dans la dernière année avant que mon père ne quitte l’Allemagne il dût aller dans une école juive à Cologne car les enfants de son école lui lançaient des pierres.
Cette photo où mon père a les yeux fermés, les vêtements pleins de confettis avec le joueur d’orgue “aveugle” derrière lui est la dernière photo que j’ai prise de lui.
Je pris l’avion pour Paris le 2 Mars, le 5 Mars j’apprenais sa mort.

Il y a le chapitre suivant que j’appelle “Cadavre Exquis” (4). Ce sont des portraits et des rencontres de hasard. En tant qu’étudiante j’avais fait ma maîtrise à Paris autour du thème “ Les femmes et la créativité”.
C’était l’époque du MLF* et il y a une question qui me taraudait : Une femme peut-elle avoir des enfants ET faire de l’art ? Je fis des entretiens avec Meret Oppenheim, Chantal Akerman, Vieira da Silva et Gisèle Freund, par la même occasion je les photographiais.
La plupart de mes rencontres, quand elles n’étaient pas professionnelles étaient des rencontres fortuites: Je connaissais quelqu’un qui connaissait telle personne, etc…
Lorsque j’ai commençé à photographier ma rencontre avec le poète de jazz Ted Joans fut décisive. Il s’interessait au jazz, au surréalisme, à la peinture.
Il allait par exemple voir les surréalistes pour remplir un rouleau et faire un Cadavre Exquis. Chaque personne à qui il rendait visite devait (pouvait, avait la possibilité) de dessiner quelque chose. Puis on enroulait la feuille jusqu’a la personne suivante.
Un jour il alla chez Dorothea Tanning qui vivait alors à Paris. Nous étions invités à prendre le thé mais il y avait ce jour là un invité surprise qui habitait et travaillait chez elle. Ce jour là John Cage était en train d’écouter une bande magnétique sur magnétophone. Je me suis retournée, c’est ainsi que cette photo frontale a été faite.
Ou bien: un ami comédien jouait dans “Perceval Le Gallois” d’Eric Rohmer, pendant la pause j’ai pu faire son portrait.
Dans les années 80 j’a commençé à travailler pour la revue mensuelle “Le Monde de La Musique”.
Je retournais alors peu après dans ma ville natale où j’ai commençé à photographier professionnellement.
Au milieu des années 70 j’avais commençé les autoportraits. Je voulais en savoir plus sur moi-même; me mettre en scène, apprendre à connaître mon corps.
Les premières photos ont été faites en 1975 lorsque j’habitais l’été chez mon père à Heidelberg.
J’étais revenue en 1972 des Etats Unis où j’avais étudié les Beaux Arts. A cette époque je peignais et ne pensais pas du tout à la photographie.
Pendant que mon père travaillait au bureau je commençais à expérimenter avec l’appareil photo et le déclencheur automatique. Une fois nue, une fois habillée- je me sentais comme la mère au foyer qui attend son mari et remplit le temps. (Cette situation me fait evidemment penser à Chantal Akerman et au film qu’elle venait de finir, Jeanne Dielman, lorsque je l’ai photographiée.)
Lorsque je suis allée à Arles pour être interprète auprès des photographes invités en 1975 David Hurn a été une forte influence pour moi. C’est lui qui me poussa à expérimenter les autoportraits.
Ce fut l’époque où je retournais dans la maison familiale désormais inhabitée, là où j’avais passé mon enfance et où j’avais été tant aimée.
J’ai commençé à me mettre en scène dans les différentes pièces de la maison, de mettre les habits de ma mère, de fouiller un peu partout et redonner un peu de vie à ce lieu.
J’ai nommé cette série “HERSTORY” (3). Elle m’a accompagné toutes ces années.
En 1974 je rencontrai Ted Joans, un beatnik et poète de la première heure qui vivait entre Paris et Tombouctou. C’est avec lui que je commençais ce qu’il appelait ma “Teducation”.
Bien plus tard j’ai sorti le livre “All around Ted Joans” (2).
Beaucoup d’évènements se passaient à la librairie “Shakespeare and Company”. Un soir c’est Anaïs Nin qui venait dédicacer son livre ou bien Lawrence Ferlinghetti était en ville. C’est aussi grâce à Ted Joans que j’ai eu mon premier “boulot”:
Je travaillais dans la première galerie/librairie photographique à Paris, “La Photogalerie”. Ted connaissaist l’éditeur Eric Losfeld dont la fille travaillait à la galerie.
Cette expérience a été un déclencheur décisif pour moi. Un étage au dessus se trouvait le magasin “Gilles Faller” qui vendait des chambres photographiques en bois et au deuxième étage se trouvait l’agence Magnum. Tous venaient à la galerie/librairie. Je me souviens que le propriétaire, Georges Bardawil avait organisé des expositions de Manuel Alvarez Bravo, Emmet Gowin ou Jean Demachy.
Il y avait aussi un restaurant attenant. Je me sentais chez moi comme jamais et j’ai compris à partir de là que la photographie deviendrait ma langue intime.
Cinq années auparavant furent crées les Rencontres d’Arles. Comme je parlais l’anglais et l’allemand on me proposa en juillet 1975 de faire l’assistance et la traduction pour les photographes invités.
Cette année là furent invités Ralph Gibson, Eva Rubinstein, Floris Neusüss, William Eugene Smith, etc… Ce fut la même chose l’année d’après avec Mary Ellen Mark, David Hurn, Charles Harbutt, Duane Michals, Guy le Querrec, etc…
Je n’oublierai jamais la fameuse journée où le photographe Jean Pierre Sudre mit sa piscine à disposition pour le workshop de la journée autour du nu et où étudiants et modèles étaient nus.

Dans une des salles de bains je commençais à faire des autoportraits.

Mais revenons au début:
Pendant que je faisais les traductions j’apprenais évidemment aussi pour moi-même.
La rencontre avec les photographes de l’agence Magnum fut décisive et m’initia à la photographie de rue.
D’où mes premières photographies de rue. Tout d’abord dans les environs du village où j’ai grandi, chez les paysans où on m’envoyait chercher le lait, où les chiens étaient enchaînés leur vie durant.
L’urbain et son anonymité avaient aussi un certain charme pour moi. Puisque je n’avais jamais étudié la photographie (j’avais étudié la peinture…) peu m’importait si je photographiais en contre-jour ou dans des coins obscurs.
“Vieille France”, (1) cela voulait dire que ma rencontre avec la photographique a été l’occasion unique de me confrontrer au “regard ingénu”. Depuis il y a eu environ 46 années qui ont traversé mes veines, mon corps et mon regard et je contemple aujourd’hui le journal visuel intime de ma vie avec grande joie et bien sûr je trouve plus que jamais encore le plaisir de photographier.

*MLF: Mouvement de libération des femmes
les mots en italiques se refèrent à des photographies.

Deux remarques et détails concernant la biographie de mes parents qui éclairent la thématique “Different Trains”:
Mon père est devenu américain en 1944 et c’est en 1947 qu’il retourne en Europe comme assistant sur le proçès IG Farben aux Proçès de Nuremberg. S’en suivirent le travail pour l’OTAN successivement à Salzbourg, Châteauroux puis Heidelberg.

Il y a peu de temps je suis tombée sur une lettre écrite par ma mère (jamais envoyée) à son frère où j’appris que son père, “Kommerzialrat” (titre honorifique dans le commerce) et directeur de l’hôtel Parkhotel (en face de la gare Südbahnhof) qu’il possédait et dirigeait à Vienne avait fait faillite en 1932 lorsque ma mère avait 9 ans.
Elle a dû gagner sa vie très jeune entre autres aussi pour subvenir à ses parents. Une explication qui éclaire peut-être le fait que ma mère ait coopéré “passivement” à la folie nazie. Ses meilleurs amis étaient Bernard Wicki (qui est devenu réalisateur) et Susie Gerstner dont le père juif a été emporté et assasiné.

Aus Photonews/ARTIKEL/04/2022

Die Fotonomadin Marion Kalter

Es ist selten, dass man einer Debütantin von 71 Jahren begegnet. Aber im Falle von Marion Kalter verhält es sich so; stößt man nicht zufällig auf ihre umfangreiche Website, lässt sich so gut wie nichts über sie eruieren. Es ist ein fast im Geheimen entstandenes Werk. Das Rupertinum in Salzburg hat mit dieser Ausstellung (Kuratorinnen: Barbara Herzog und Kerstin Stremmel) also einen veritablen Coup gelandet. Anfang der 70er Jahre hatte Kalter in den USA und Paris Malerei und Kunstgeschichte studiert, ais Dolmetscherin stieß sie zu den Rencontres in Arles, wo sie auf Fotografen wie Ralph Gibson und Mary Ellen Mark traf. lhre Gier nach Kreativität muss damais maßlos gewesen sein, denn sie begann intuitiv, ernsthaft zu fotografieren. Die Welt von gestern war schwarzweiß. Und Marion Kalter hat deren künstlerische Milieus in Paris eingefangen wie niemand anderes. Alles, was vor dem magischen Jahr 68, das nie geahnte Freiheitsräume aufstieß, ein Nischendasein fristete, war jetzt für aile da. Die amerikanischen Beat Poets besuchten Paris wie die farbigen Jazz-Musiker, die zum Festival in Juan-les-Pins einflogen. James Baldwin lebte hier und bald folgte auch Susan Sontag. Anaïs Nin war schon lange da wie auch die amerikanische Expressionistin Joan Mitchell. Kalter war in ihren Wohnoder Hotelzimmern, zog mit ihnen durch die Stadt, war bei Lesungen oder Vernissagen dabei oder reiste mit ihnen nach Tanger – mit Ted Joans, Schöpfer von ,,Jazz Poems”, verband sie sogar eine lange Freundschaft („All around Ted Joans“. ZKM 2016 – dort im Shop noch bestellbar). William S. Burroughs, Allen Ginsberg, Gregory Corso. Oder Musiker wie Dizzy Gillespie und Charles Mingus, auf Kalters Fotos geben sie sich ungezwungen wie die einheimischen lkonen Roland Barthes, Theoretiker der ,,Dinge des Alltags”, oder der Ethnologe Michel Leiris, Künstlerin Meret Oppenheim oder Filmerin Agnes Varda. Kalter fotografierte sozusagen backstage als Teil der Szene von Kunst, Musik und Poesie. Paris sorgte plötzlich für eine Art Revival des legendären New Yorker Village inkl. black power. ,,Man besitzt, was man sieht”, zitiert Kalter ein altes RomaSprichwort in einem Interview von 2002: „Und immer wollte ich die Sicht einer kleinen Maus haben” – also alles sehen und schnell weg. Und der Fotoapparat war dabei für sie ,,emanzipatorisches Ausdruckswerkzeug” (Florian Ebner im Katalog). So kann die Bandbreite ihrer Portraitfotografie durchaus entlarvend sein: Während sich Susan Sontag (Über Fotografie) gekonnt und gelöst in einen Türrahmen lehnt, tut Roland Barthes (Die helle Kammer) alles, um den Akt des Fotografiertwerdens zu desavouieren: Er schaut links aus dem Fenster und dadurch aus dem Bild heraus. Kalters lnteresse galt jedoch auch den neuen Strömungen in der klassischen Musik. So begegnen wir auf ihrer Website marionkalter.com oder bei bridgemanimages.com Portraits von Neutonern wie John Cage oder Steve Reich, Karlheinz Stockhausen oder maßgeblichen ltalienern wie Luciano Berio oder Luigi Nono, aber auch Slawen wie Gyorgy Kurtag und Gyorgy Ligeti in selten intimen Momenten. Die Arbeit von Pierre Boulez verfolgte sie immerhin dreißig Jahre lang (Silent Piece. ZKM 2013). Es muss Kalter in die Wiege gelegt worden sein, denn schon ais Zweijahrige durfte sie den Fotoapparat ihrer Eltern bedienen; entstanden sind ein Portrait ihrer Mutter in großer Garderobe, der ersten Blick denkt man an Madame Yevonde. Ein zweites Bild ihrer Eltern ist richtig belichtet, aber völlig unscharf, selbst Spezialisten würden hier auf moderne konzeptuelle Fotografie tippen. Anfang der 70er Jahre fotografiert sie ihre französische Umgebung mit einem großen Talent für Komisches: Auf manchen Bildern erwartet man geradezu den Stechschritt von Monsieur Hulot oder einen Zornausbruch des von Louis de Funès gespielten Dorfgendarmen.

Wer aber ist diese Marion Kalter, die in den langen Jahren ihrer Fotografentätigkeit nur wenige Spuren mit kleinen Publikationen und Ausstellungen hinterlassen hat? Beim Schlendern durch die Salzburger Schau erkennt man ziemlich schnell die geborene Fotonomadin, für die das On-the-road-Sein maßgeblich für ihre Arbeit ist. Da zeigt sie uns nämlich den Reisepass eines jüdischen Vetters ihres Vaters, dessen Flucht- und Auswanderungsweg in den 30er Jahren über Russland und den Ural bis nach Asien und dann über den Pazifik nach Kalifornien ging. Noch vor wenigen Jahren ist sie dieser Route mit der Transsibirischen Eisenbahn selbst gefolgt. lhrer Bilderserie gibt sie mit ,,Different Trains” denselben Titel wie Steve Reich seinem fulminanten ,,minimal music piece”, das das Rattern der Deportationszüge aufnimmt. Verrät sie uns damit, so etwas wie ein weiblicher Ahasver zu sein, ein Beatnik außerhalb von Raum und Zeit? ln der Tat sind ihre Fotoserien so etwas wie Fragmente einer Sprache des Erinnerns, konsequent auf der Suche nach sich selbst. Geboren 1951 ais Tochter eines jüdischen Vaters, der in die USA geflohen war, sowie einer deutschen katholischen Mutter, die zur selben Zeit Fronttheater für die Nazis gemacht hatte, wachst sie in Amerika und später in Frankreich auf. Mit sechzehn verliert sie Mutter wie Großmutter. 1976 beginnt sie, sich selbst im Haus ihrer Kindheit zu inszenieren, spielt geschickt mit dem Raum, leert die Schranke und reißt die Fenster auf. Diese Zerrissenheit sieht Kuratorin Kerstin Stremmel in der Nichtabgeschlossenheit und A-Linearität ihres Werkes gespiegelt, das für sie eine ,,Konstruktion narrativer ldentität” darstellt. Viele ihrer Bilder von Pariser Straßenszenen oder erste inszenierte Szenen im Ferienhaus ihrer Kindheit in Chabenet, so Stremmel, korrespondieren mit dem Erfolgsbuch.

Texte de Thomas Honickel/PhotoNews en français :

La photographe nomade Marion Kalter

Il est rare de rencontrer une débutante de 71 ans. Mais en ce qui concerne Marion Kalter, c’est le cas ; si l’on ne tombe pas par hasard sur son vaste site web, on ne peut presque rien apprendre sur elle. C’est une œuvre qui a été créée presque en secret. Avec cette exposition (commissaires : Barbara Herzog et Kerstin Stremmel), le Rupertinum de Salzbourg a donc réussi un véritable coup. Au début des années 70, Kalter a étudié la peinture et l’histoire de l’art aux Etats-Unis et à Paris. En tant qu’interprète, elle a rejoint les Rencontres d’Arles, où elle a rencontré des photographes comme Ralph Gibson et Mary Ellen Mark. Sa soif de créativité devait alors être démesurée, car elle a commencé intuitivement à photographier sérieusement. Le monde d’hier était en noir et blanc. Et Marion Kalter a capturé leur milieu artistique à Paris comme personne d’autre. Tout ce qui vivait dans une niche avant l’année magique de 68, qui a ouvert des espaces de liberté inimaginables, était désormais là pour tout le monde. Les poètes américains de la beat generation visitaient Paris, tout comme les musiciens de jazz de couleur qui s’envolaient pour le festival de Juan-les-Pins. James Baldwin y a vécu, bientôt suivi par Susan Sontag.  Anaïs Nin, elle était déjà là depuis longtemps, tout comme l’expressionniste américaine Joan Mitchell. Kalter s’est rendue dans leur appartement ou leur chambre d’hôtel, a parcouru la ville avec eux, a assisté à des lectures ou à des vernissages ou a voyagé avec eux à Tanger – une longue amitié l’a même liée à Ted Joans, créateur de ,,Jazz Poems«  ( »All around Ted Joans ». ZKM 2016 – toujours disponible dans la boutique). William S. Burroughs, Allen Ginsberg, Gregory Corso. Ou des musiciens comme Dizzy Gillespie et Charles Mingus, sur les photos de Kalter, ils se livrent sans retenue comme les icônes locales Roland Barthes, théoricien des « choses du quotidien », ou l’ethnologue Michel Leiris, l’artiste Meret Oppenheim ou la cinéaste Agnes Varda. Kalter photographiait en quelque sorte les coulisses de la scène de l’art, de la musique et de la poésie. Paris a soudain assuré une sorte de renouveau du légendaire Village new-yorkais, black power compris. On possède ce que l’on voit », dit Kalter en citant un vieux proverbe rom dans une interview de 2002 : “Et j’ai toujours voulu avoir la vue d’une petite souris” – c’est-à-dire tout voir et partir rapidement. Et l’appareil photo était pour elle un « outil d’expression émancipatoire » (Florian Ebner dans le catalogue). Ainsi, l’éventail de leurs portraits photographiques peut être tout à fait révélateur : Alors que Susan Sontag (Über Fotografie) se penche habilement et avec détachement dans l’encadrement d’une porte, Roland Barthes (Die helle Kammer) fait tout pour désavouer l’acte d’être photographié : Il regarde à gauche par la fenêtre et donc hors de l’image. Mais l’intérêt de Walter s’est également porté sur les nouveaux courants de la musique classique. Ainsi, sur son site marionkalter.com ou sur bridgemanimages.com, on trouve des portraits de neutres comme John Cage ou Steve Reich, de Karlheinz Stockhausen ou d’Italiens qui font autorité comme Luciano Berio ou Luigi Nono, mais aussi de Slaves comme Gyorgy Kurtag et Gyorgy Ligeti dans des moments d’une rare intimité. Elle a tout de même suivi le travail de Pierre Boulez pendant trente ans (Silent Piece. ZKM 2013). Kalter doit avoir été bercée par la photographie, car dès l’âge de deux ans, elle a pu utiliser l’appareil photo de ses parents. Une deuxième photo de ses parents est correctement exposée, mais complètement floue, même les spécialistes pencheraient ici pour de la photographie conceptuelle moderne. Au début des années 70, elle photographie son environnement français avec un grand talent pour le comique : sur certaines images, on s’attend presque au pas de charge de Monsieur Hulot ou à une explosion de colère du gendarme du village interprété par Louis de Funès.

Mais qui est cette Marion Kalter qui, au cours de ses longues années de photographie, n’a laissé que peu de traces avec de petites publications et des expositions ? En se promenant dans l’exposition de Salzbourg, on reconnaît assez vite cette photonomade née, pour qui être on-the-road est déterminant dans son travail. Elle nous montre en effet le passeport d’un cousin juif de son père, dont l’itinéraire de fuite et d’émigration dans les années 30 a traversé la Russie et l’Oural jusqu’en Asie, puis le Pacifique jusqu’en Californie. Il y a quelques années encore, elle suivait elle-même cet itinéraire en empruntant le Transsibérien. Elle donne à sa série de photos le même titre, « Different Trains », que Steve Reich a donné à son fulminant « minimal music piece », qui reprend le cliquetis des trains de déportation. Est-ce qu’elle nous révèle ainsi être une sorte d’Ahasver féminin, un beatnik hors de l’espace et du temps ?

En effet, ses séries de photos sont comme des fragments d’un langage de la mémoire, à la recherche de soi-même. Née en 1951 d’un père juif qui avait fui aux États-Unis et d’une mère catholique allemande qui avait fait du théâtre pour les nazis à la même époque, elle grandit en Amérique puis en France. A seize ans, elle perd sa mère et sa grand-mère. En 1976, elle commence à se mettre en scène dans la maison de son enfance, jouant habilement avec l’espace, vidant les armoires et ouvrant les fenêtres. Pour la commissaire d’exposition Kerstin Stremmel, ce déchirement se reflète dans le caractère inachevé et a-linéaire de son œuvre, qui représente pour elle une « construction d’identité narrative ». Beaucoup de ses images de scènes de rue parisiennes ou de premières scènes mises en scène dans la maison de vacances de son enfance à Chabenet correspondent, selon Stremmel, au livre à succès de la Française Annie Ernaux (« Les années »), qui a récemment connu la gloire – bien trop tard, tout comme Marion Kalter elle-même : Il s’agit, écrit Ernaux, de « sauver quelque chose du temps dans lequel on ne sera plus jamais. Kalter s’intéressait peut-être davantage aux pertes, aux « lacunes, ces horribles lacunes » (Joachim Meyerhoff a ainsi titré un roman) que la mort creuse. Comme John Cage, dont Kalter a fait des portraits fantastiques, a « composé » une pièce musicale de 4’33 » en 1952 – où l’on n’entend que le silence. Ou, tout comme Ted Joans créait avec ses « outographies » des photographies dans lesquelles l’essentiel était toujours découpé, Kalter ne photographiait plus que des traces rudimentaires de sa vie ou de ses proches, telles qu’elles se sont accumulées dans des boîtes au cours d’une vie et doivent maintenant être éliminées. Il n’est pas possible de remonter plus loin dans le temps. Car la mort est toujours la plus grande aventure. W.G. Sebald nous a appris que les morts sont toujours parmi nous. Et ils nous parlent aussi. Chaque jour de nouveau.

 

Thomas Honickel