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© Marion Kalter, 2010 all rights reserved
composers / compositeurs
singers / chanteurs
conductors & directors /
chefs d'orchestre & directeurs
pianists / pianistes
masterclasses / enseignement
strings / cordes
I browse through this rich album and I doubt that many people will run thru it
with the same feelings as i am going thru.Many of these artists trapped here by
the lens, I have known them, been in touch with them, some more and some
less. With some of them I have worked and kept souvenirs that are deeper than
just a simple meeting. To this, one can add all those that have passed away,
always more as the years go by, so that i think of the words of Paul Claudel, the
almanach of Josaphat…
But happily, there are enough of them living, so that the memory still is nouri-
shed by the present. From a less personal point of view I have a tendency to
classify these portraits into two distinctive categories : those taken as snap-
shots, captured in full action, direct witnesses, accomplishing their professional
gesture, necessarely without preparation ; then those, probably no less instant-
aneous, that require a moment of suspension,of posing, thus provoking
parade or mistrust.
Often, before an orchestra rehearsal, the photographer asks me if I allow him to
take pictures during a working session and I always answer: Yes, but only if it
doesn't prevent the communication I need to have with the musicians. Because,
after a very short lapse of time one gets fully implicated in one's work without
restriction, which is even faster and deeper if there is an important technical
work to accomplish : The lens of the photographer and the photogra-pher
himself disappear totally from one's mental landscape: Thus one gets to be
revealed in the sharpest way.
The other portraits are no less revealing. I spoke of parade or mistrust : this is
probably a little exagerated. But still, the subject is absolutely conscious as well
of the lens as of the person that manipulates it. This leads necessarely towards
an attitude, wathever it may be, that reveals if not the caracter of the observed
person, at least one of those reactions one appeals to in order to " outface "…
One could go deeper into restricted domains : the artists on one hand who are
used to be photographed, opera singers,for example have chosen for
themselves a certain behaviour.
The "outfacing" act is being facilitated for them through habit; on the other hand
the artists, the composers for example captured in their homes where they feel
protected, in another way, by their environment that is familiar to them: this en-
vironment describes them as well as it absorbs them.
And what about the photographer, this mute and privileged interlocutor to which
one is linked thru a very shortlived agreement ? it is his talent, perchance his
genious, to capture the instant where all the parameters come together, not
really to reveal what is unsuspicious-it is seldom his role- but rather to reveal the
instant that will surpass the instant.
This moment is not frozen, it is caught. Wether it is the professional instant or
the everyday instant, these portraits are a "chosen landscape " to cite Verlaine.
In this landscape, one strolls, one stops thru it, one looks at the details, one
analyzes them, one rebuilds its synthesis, in one word one adds a dimension of
time that will enrich this captured presence.
To browse thru the album of marion kalter is much more than to look at portraits
of musicians, maybe still lifes (instruments or scores), it is to enter in deep con-
tact with the impenetrable world of music and musicians.
Pierre BOULEZ
Paris, december 2006
Je feuillette ce riche album - et je doute que beaucoup de personnes le
parcourent avec les mêmes sentiments que ceux que j'éprouve. Beau-
coup de ces artistes ici piégés par l'objectif, je les ai connus, relativement
peu ou beaucoup fréquentés. Avec un certain nombre d'entre eux j'ai
travaillé et gardé des souvenirs plus profonds que ceux d'une simple ren-
contre. A tout ceci s'ajoutent les disparitions, plutôt nombreuses après tant
d'années, si bien que je pense au mot de Claudel, le Bottin de Josaphat ...
Mais, heureusement, il reste suffisam-ment de vivants pour que les
souvenirs soient encore nourris par le présent.
D'un point de vue moins personnel, plus distant, j'ai tendance à classer
ces portraits en deux catégories bien distinctes: ceux, instantanés, saisis
en pleine action, témoins direct, saisis dans le geste professionnel, dans le
comportement forcément sans apprêt ; ceux, probablement non moins
instantanés, qui supposent un moment de suspension, de pose, provo-
quant ainsi la parade ou la méfiance.
Souvent, avant une répétition d'orchestre, le photographe me demande si
je l'autorise à prendre des clichés pendant le travail et je réponds toujours
: oui, pourvu qu'il n'y ait pas interférence dans la communication que je
dois avoir avec les musiciens. Car, au bout d'un très court laps de temps
on s'implique totalement dans le travail, on s'immerge dans l'œuvre
sans restriction, ce qui est encore plus rapide et plus profond s'il y a un
gros travail technique à fournir ; l'objectif du photographe et le photo-
graphe lui-même disparaissent alors totalement du paysage mental : c'est
ainsi qu'on est révélé de la façon la plus aiguë.
Les autres portraits, n'en sont pas moins révélateurs. J'ai parlé de parade
ou de méfiance : cela est, peut-être, légèrement exagéré. Mais, tout de
même le sujet est absolument conscient, à la fois de l'objectif et de la
personne qui le manipule. Cela engendre nécessairement une attitude,
quelle qu'elle soit, révélatrice sinon du caractère de la personne obser-
vée, tout au moins de ces réflexes auxquels il est en train de recourir pour
"faire face".
On pourrait s'attacher encore à des domaines plus restreints : les artistes
d'une part, qui ont l'habitude d'être photographiés, interprètes d'opéra,
entre autres, ont décidé en eux-mêmes d'un certain comportement - le
"faire face" leur est facilité par l'accoutumance ; d'autre part, les artistes,
compositeurs par exemple, saisis dans leur domicile où ils se sentent
protégés, d'une autre façon, par l'environnement familier : cet environne-
ment les décrit autant qu'il les absorbe.
Quid du photographe, cet interlocuteur muet et privilégié auquel vous lie
un pacte de très courte durée ? C'est son talent, voire son génie, de capter
l'instant où tous les paramètres sont réunis pour révéler non pas tellement
l'insoupçonnable - c'est rarement son rôle - que l'instant qui dépasse
l'instant : l'instant non pas figé, mais saisi. Qu'il s'agisse de l'instant
professionnel ou de l'instant du quotidien, les portraits sont un "paysage
choisi", pour citer Verlaine. Ce paysage, on y flâne, on s'y arrête, on
regarde les détails, on les analyse, on en refait la synthèse, bref on y
ajoute une dimension du temps qui enrichit cette présence arrêtée.
Feuilleter l'album de Marion Kalter c'est bien plus que regarder des
portraits de musiciens, voire des natures mortes (instruments ou
partitions), c'est entrer en contact profond avec le monde insondable
de la musique et des musiciens.
Pierre BOULEZ
Paris, décembre 2006